Etienne Ethaire « Le Standard possède les meilleurs supporters »

Interview
La rédaction de Zone-Rouche est allée à la rencontre du célèbre écrivain Etienne Ethaire. Pourquoi réaliser une interview d'un écrivain sur votre site favori ? Tout simplement parce qu'il a déjà sorti deux livres sur le Standard et qu'il est un grand supporter de notre club...

Zone-Rouche : Bonjour Etienne. Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?

Bonjour. Après plusieurs années de travail dans la presse en tant que critique de cinéma et critique littéraire, je me suis dit : « C'est bien de critiquer les créations des autres, mais il faudrait peut-être d'abord créer soi-même... Je me suis alors lancé dans l'écriture d'un roman, La Langoureuse, qui a obtenu un prix d'aide à l'édition auprès du Fonds National de Littérature. Cela m'a lancé. J'ai alors arrêté tout travail dans la presse pour vivre pleinement mes rêves d'écrivain. J'ai notamment encore publié deux autres romans, Alissia Lone et Funérarium. Et d'autres livres aussi, dans des secteurs non-fictionnels.

Zone-Rouche : Notamment « la Tribu des Rouches », il y a trois ans. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs de quoi ce livre parle ?

Je me suis rendu compte que, dans le domaine du sport, on avait deux types de livres. Des livres écrits par des journalistes, et des livres écrits par des sportifs eux-mêmes (en général avec l'aide d'un nègre). Par contre, des livres écrits par des supporters, ça n'existait pas, à l'exception notable de Carton jaune de Nick Hornby. J'ai donc décidé d'écrire sur mon club et cela a donné naissance à ce livre où je fais une présentation du club et de toutes ses composantes, cela va donc des dirigeants aux supporters, en passant pas les gens de l'ombre comme les employés de bureaux. C'est une série de portraits.

Zone-Rouche : Le livre s'est bien vendu ? (Un chiffre ?)

Oui, le livre s'est très bien vendu, Mais je ne peux pas citer de chiffres.

Zone-Rouche : Vous êtes donc supporter du Standard ?

Oui, bien sûr. Cela fait près de quatre décennies que je vais au stade. J'ai vécu les titres de 69, 70, 71 quasi dans le berceau. Ceux de 82, 83, 08 et 09 au stade.

Zone-Rouche : Vous-avez sûrement dû avoir des critiques de la part de supporters d'Anderlecht, non ?

Non, pas spécialement. Les supporters d'Anderlecht ne s'intéressent pas aux livres qui peuvent sortir sur le Standard. Je fais pareil dans l'autre sens : s'il y a des livres sur Anderlecht, je ne suis même pas au courant.

Zone-Rouche : Pourquoi écrire un livre sur le Standard et non sur Anderlecht ?

Pourquoi aurais-je écrit sur Anderlecht ? De toute façon, c'est un club qui a un palmarès, mais qui n'a pas d'âme.

Zone-Rouche : Puis, il y a trois mois, vous avez sorti un nouveau livre sur le Standard, ou plus exactement sur Jovanovic, cette fois : « Jovanovic, la vie en rouche »...

Oui, j'ai eu l'envie de dresser le portrait de ce joueur parce que c'est une personnalité à part. En outre, j'ai une affection particulière pour les joueurs qui jouent dans la profondeur, j'aime donc particulièrement le style de notre ancien Serpent. Comme le joueur était controversé lors de sa dernière saison, j'ai tenu tout particulièrement à le défendre.

Zone-Rouche : Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Tout d'abord parce que c'est un homme charmant. De tous les joueurs du Standard que j'ai rencontrés à l'occasion de « La Tribu des Rouches », Jova est vraiment à part parce qu'il a une disponibilité et une chaleur humaine qui sont vraiment agréables. Ensuite parce que d'accord, il a raté sa dernière saison en championnat (pas en coupe d'Europe), mais ce fut le cas de toute l'équipe. Avant cela, il a fourni trois saisons exceptionnelles pour le Standard et on lui doit donc beaucoup en ce qui concerne nos deux titres, même si je rappellerai toujours que le football est un sport collectif où on perd ensemble, mais aussi où on gagne ensemble.

Zone-Rouche : Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

Disons que, si pour « La Tribu des Rouches » qui parlait de l'ensemble du club, j'avais été très bien accueilli par la direction du Standard, ce fut moins vrai pour « Jovanovic, la vie en rouche » qui concernait un joueur en fin de contrat, sur le départ et sans doute plus en odeur de sainteté auprès de Dominique D'Onofrio, vu les dernières prestations moyennes qu'il avait livrées. Cela a été décevant, comme le fait qu'il n'y ait pas eu une fête d'adieu pour Jova qui a tant apporté au club. Mais ce genre de soucis s'est vite oublié quand j'ai vu la figure de Milan Jovanovic s'illuminer à la vue du livre. Son sourire et ses remerciements ont constitué un vrai bonheur.

Zone-Rouche : Comment voyez-vous la saison à venir ?

Le Standard se doit d'être ambitieux et de viser le titre. Chaque année, on doit d'ailleurs vouloir viser le titre. C'est ça être le Standard ! N'avoir peur de personne, être prêt à mettre toute notre furia au service d'une culture de la victoire qui doit être présente à tout moment. Après, il y a la loi du sport et on peut tomber contre plus forts que nous, mais les trophées doivent constituer nos seuls objectifs. Cette année, on a de surcroît un avantage sur nos concurrents, c'est de ne pas avoir de Coupe d'Europe à disputer. Cela peut nous valoir des points gagnés, cela peut en faire perdre à d'autres. Il faut donc absolument y croire et se donner tous les moyens pour réussir.

Zone-Rouche : Pour clôturer l'interview, un petit mot pour les supporters du Standard ?

Un message alors, car on dit souvent que le Standard possède les meilleurs supporters du royaume, et cela est vrai, ... dans 90% des matches. Mais, quand ça ne tourne pas, ces supporters peuvent aussi devenir les pires. Et j'ai peur que, particulièrement sous Dominique D'Onofrio, les supporters se mettent à siffler si le match ne se déroule pas comme ils l'espèrent. Je déteste quand les supporters se mettent à siffler, que ce soit l'équipe ou même un joueur. C'est complètement contre-productif. Siffler son équipe, quand elle joue mal, cela revient à la faire perdre, ça tétanise les joueurs qui ont justement besoin de confiance. En 40 ans de stade, je n'ai jamais vu l'équipe gagner un match quand le public l'avait prise en grippe. Je n'ai jamais vu non plus un joueur s'améliorer quand il est sifflé. Au contraire, il s'enfonce. Mon petit mot est donc un message : « Supporters, ne sifflez jamais votre équipe. Surtout dans les moments difficiles. C'est là qu'elle a le plus besoin de vous. » Je préfère dire quelque chose comme ça que de verser, une fois de plus, dans les traditionnels louanges (certes mérités) pour l'ambiance, pour les tifos, etc.

Denis Boussifet

Lien de l'article: http://www.zone-rouche.be/201008012919/etienne-ethaire-l-le-standard-possede-les-meilleurs-supporters-r.html

 

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